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Reproduction intégrale d'un article publié le 03/03/1999 par "Le Canard Enchaîné", intitulé "Le magot de Vivendi menacé pour un instant de distraction", page 4, signé de H.L.

Le magot de Vivendi menacé pour un instant de distraction

Le pédégé de Vivendi, Jean-Marie Messier, commence à se demander s'il n'a pas commis une grosse boulette. La récente réorganisation des activités de son groupe dans la distribution de l'eau risque en effet d'aboutir à une catastrophe : les tribunaux administratifs pourraient remettre en cause les 2 200 contrats de concession passés entre les collectivités locales et Vivendi. Soit 15 milliards de chiffre d'affaires annuel.

Comme l'a souligné "La Tribune" (10/02/1999), la justice, saisie par des élus grincheux, pourrait estimer que les changements ordonnés par Messier n'ont pas respecté la loi Sapin, qui régit depuis 1992 toutes les concessions de service public.

Jusqu'en juin 1998, tout semblait limpide : la plupart des filiales "eau" du groupe Vivendi étaient des sociétés en commandite par actions. Une forme juridique un peu particulière qui permet de contrôler étroitement des filiales tout en leur pompant un maximum de liquidités.

Mais, l'été dernier, Vivendi a abandonné ce contrôle direct pour un système plus sophistiqué de poupées russes. Désormais, le groupe exerce sa surveillance par le biais d'une sorte de société-écran, la CGE-Sahide, organisée elle aussi sur le modèle de la commandite. Les conditions du contrôle de ses filiales par Vivendi ont donc changé, ce qui pourrait ouvrir la voie à des procès de la part des collectivités locales.

Pourquoi avoir changé ce qui semblait si bien fonctionner ? Mystère. Le service de presse de Vivendi se retranche derrière le secret des affaires.

Fin décembre 1998, le groupe a demandé l'avis de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Et le géant de l'eau refuse de rendre publique l'intégralité de la réponse que lui a fait parvenir cet organisme, le 27 janvier dernier, et se contente d'affirmer que tout baigne.

En réalité, les hauts fonctionnaires ont évité de se mouiller et ont prudemment renvoyé le fond du dossier à l'appréciation des tribunaux. De quoi faire phosphorer une armée de juristes et assurer, peut-être, la fortune d'un bataillon d'avocats...

 

Extraits d'un article publié le 16/02/2000 par "Le Canard Enchaîné", intitulé "Des magistrats démontent la pompe à bénéfices des marchands d'eau", page 3, signé de Hervé LIFFRAN

Des magistrats démontent la pompe à bénéfices des marchands d'eau

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De leur côté, Vivendi et son pédégé, Jean-Marie Messier, ont trouvé une autre astuce pour arrondir leurs fins de mois. La méthode est des plus simples : depuis 1996, leurs filiales spécialisées dans la distribution d'eau ne font plus apparaître dans leurs comptes les provisions accumulées pour remplacer les tuyaux crevés. A Paris, comme ailleurs, l'argent correspondant est désormais versé directement à la maison mère et noyé dans ses comptes. En clair : ce brouillard comptable pourrait inciter Vivendi à tricher sur les chiffres.

C'est exactement ce qui s'est produit. L'état-major de Messier avait ainsi annoncé 90 millions de travaux effectués en 1996 et autant en 1997. Vérification faite, il ne s'agirait que de 58 et 69 millions. Et les magistrats de constater : « Tout se passe comme si (...) Vivendi procédait aux dépens des consommateurs à la constitution de provisions au-delà du nécessaire. » Pure calomnie ?

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